- Interview du réalisateur de "Paradisco", une comédie musicale magique, Gay.com - 10 janvier 2003

- Interview du président du Mémorial de la déportation homosexuelle, Gay.com - 27 avril 2002

- Bertrand Delanoë, premier maire ouvertement gay d'une capitale, Gay.Com - 18 mars 2001

- SIDA : de la prévention, pas de stigmatisation, Gay.com - 27 novembre 2000

- L'hébergement gratuit dans le collimateur de la justice, Newtork News - 6 mars 1999

- IPv4, un protocole universel pour transporter les données, Network News - 11 septembre 1998

- L'hommage des "Grands" à François Mitterrand, CFJ - 11 janvier 1996

- Jean Galfione, la pudeur sous le papier glacé des magazines, CFJ - Décembre 1995

- Frédéric Tadéi : "Je veux faire de la télé intelligente !", CFJ - 28 novembre 1995

Interview du réalisateur de "Paradisco", une comédie musicale magique

Avec Paradisco, Stéphane Ly-Cuong signe sa deuxième comédie musicale. C'est un film magique, dans lequel deux gays se réveillent après une nuit passée ensemble.

Le plus âgé, qui a 40 ans, explique au plus jeune, qui en a 20, qu'il a organisé de nombreuses soirées disco dans l'appartement qu'il va quitter. Par la magie du cinéma, ils vont replonger au coeur d'une soirée, le 31 décembre 1979...

A l'occasion de la sortie du film dans un DVD très réussi, Gay.com a rencontré le réalisateur, Stéphane Ly-Cuong.

Quels sont les retours que tu as eu sur le film ?

Pour l'instant les retours sont plutôt bons. Ce qui me fait plaisir, c'est que le public, qu'il soit gay ou hétéro, a l'air d'être touché par le sujet.

C'était important pour moi de ne pas enfermer le film dans une catégorie de public, mais d'essayer de toucher le public le plus large possible. Ce qui semble toucher les gens, c'est le mélange entre le côté comique du sujet, le côté musical, et le sujet qui est plutôt grave.

Tu dis ne pas avoir voulu faire un film gay, et c'est le cas, mais il touche quand même particulièrement les gays et lesbiennes, pour plein de raisons. C'est voulu ?

L'idée de départ, c'est celle du deuil et du souvenir, un thème qui touche tout le monde. Mais j'ai voulu un contexte gay parce que les homos de plus de 40 ans ont été particulièrement touchés par le SIDA et ont perdu beaucoup de proches. Je trouvais que le thème prenait plus de force dans ce contexte.

Pour cette raison, ce film parle particulièrement à la communauté gay. Mais j'ai essayé d'élargir, par exemple en ayant autant de personnages féminins que masculins dans la soirée, et ne pas parler d'une problématique homosexuelle.

La remarque est la même sur le disco. Il a touché tout le monde, mais aujourd'hui il est particulièrement apprécié des gays...

C'est vrai que quand j'ai commencé à réfléchir à ce film, le choix du contexte gay avait sa signification. Le choix musical a été dicté par la période, la fin des années 70, juste avant l'apparition du SIDA, donc la grande période du disco.

La communauté gay a particulièrement plébiscité le genre... Donc même si le sujet traité n'est pas directement un problème gay, le traitement fait que ça parle plus aux gays.

D'où vient cette passion pour la comédie musicale ?

Enfin, j'ai été très marqué par des films comme "Mary Popins" ou "Peau d'âne", qui sont à la fois des comédies musicales et des films où la magie est très importante. A 18 ans, au cours d'un voyage à Londres, j'ai vu deux comédies musicales, "Les Misérables" et "Miss Saïgon", toutes les deux de Boublil et Schoenberg.

J'ai compris que le genre comédie musicale continuait à exister sur scène. Je n'en avais pas du tout conscience vu qu'à Paris, à cette époque, il n'y avait rien. J'ai réalisé que c'était une forme d'expression qui me plaisait.

Faire chanter les personnages permet d'exalter les sentiments, ça permet de faire des raccourcis scénaristiques, en une chanson de deux minutes on peut exprimer les sentiments profonds d'un personnage, alors que les exprimer de façon classique dans une fiction normale prendrait beaucoup plus de temps.

J'aime bien ce côté très direct dans les sentiments et dans le rapport avec le spectateur. Je pense que la musique et la danse peuvent vraiment l'attraper et l'emporter.

Une comédie musicale, ça captive et ça entraîne. Je trouvais intéressant d'utiliser ce traitement très divertissant et très rythmé, pour illustrer un propos plutôt grave, et pour mieux faire passer l'histoire que je voulais raconter.

Parlons un peu du couple. C'est un très beau couple, et malgré leur importante différence d'âge, ils vont très bien ensemble. Physiquement même, il y a une harmonie entre eux. Comment as-tu formé ce couple ? Tu avais choisi Jérôme Pradon et tu as cherché un jeune acteur qui collait avec lui, c'est ça ?

Deux ans avant le tournage, j'avais peur que Jérôme soit trop jeune pour le rôle (il a 38 ans). C'est quelqu'un que j'aime beaucoup, que j'apprécie beaucoup, et finalement je me suis dit qu'il pouvait jouer le rôle d'un homme d'une quarantaine d'années. Après il fallait trouver le jeune comédien qui travaille avec lui.

Il fallait qu'ils s'accordent physiquement, et qu'il y ait un bon feeling entre eux. J'ai rencontré une quinzaine de comédiens, j'ai fait passer des essais vidéo, avec Jérôme, à certains d'entre eux. J'ai choisi Nicolas parce que j'aimais bien son côté un peu retenu, et en même temps impertinent par moments, et je trouvais que ça passait bien avec Jérôme.

Ce film a vraiment un côté magique. Penses-tu que cette magie est liée au fait que c'est une comédie musicale ? Aurais-tu pu traiter cette histoire sans en faire une comédie musicale ?

Au départ, quand j'ai commencé à écrire le scénario, il n'était pas musical. C'était exactement la même trame, François retournait dans le passé. La musique avait évidemment une place importante puisque c'était un soir de réveillon, il y avait de la musique en fond sonore, mais les personnages ne chantaient pas. La situation était un peu surréaliste, un peu magique, et quand j'ai repris le scénario, je me suis dit "Ajoutons de la magie, et faisons une comédie musicale".

Pour moi, la comédie musicale, au départ, c'est quelque chose de magique. On ne cherche pas à faire quelque chose de réaliste, on peut partir dans du rêve, dans du délire... Faire une comédie musicale, c'est à dire un traitement un peu délirant, d'une situation de départ qui n'est pas très réaliste, je trouve que ça ajoutait de la magie et du rêve.

Ce sont donc deux choses combinées. Le scénario aurait pu être porté à l'écran sans en faire une comédie musicale, mais ça aurait été dommage !

La projection au Festival de films gays et lesbiens de Paris, était-ce important pour la carrière du film ?

Le festival était la première projection publique du film, qui était terminé depuis 3 ou 4 semaines. C'est un festival très couru, les séances étaient pleines à chaque fois.

Il y a pas mal de programmateurs de festivals qui viennent à Paris pour voir les courts. On a été contacté par le festival de Turin, et par deux festivals gays en France, Bordeaux et Grenoble, qui l'ont réservé pour l'année prochaine. Et puis il y a eu aussi un accueil chaleureux du public !

On te voit brièvement dans le film, notamment dans le plan de fin, sur une des photos. Tu apparais également dans ton précédent court-métrage. C'est une volonté, un clin, d'oeil, comme le font certains réalisateurs dans tours leurs films ?

Pour "La jeune fille et la tortue", ça a commencé parce qu'on avait besoin de faire de la figuration nous-même. Pour "Paradisco", je me suis dit que ce serait marrant de faire un petit clin d'oeil. Mais je ne chercherai pas forcément à être dans chacun de mes films, on verra. Pour l'instant ce n'est que le début !

On montre beaucoup plus l'homosexualité au cinéma qu'auparavant, mais pas toujours comme on aimerait qu'on la montre. En tant que gay, penses-tu l'intégrer, à un moment ou un autre, dans la plupart de tes films à venir, ou pas ?

Je ne me définis pas comme un réalisateur militant. Je pense que la vision de l'homosexualité au cinéma a évolué, et heureusement. Parler des problématiques directement gays ne m'intéresse plus. Il y a quelques années, quand j'étais encore étudiant, j'avais écrit des scénarios qui en parlait. Mais depuis, des films en ont largement parlé, et ce n'est pas forcément utile de revenir sur ces sujets.

Par contre, je pense qu'une démarche militante discrète et plus efficace est de montrer des personnages gays complètement intégrés, et ne pas en faire un fromage. Dans Paradisco, c'est un couple gay qui s'est rencontré la veille, point barre. Le fait qu'ils soient gays n'a pas à être développé. C'est comme ça que je vois les choses.

Dans l'avenir, des personnages gays reviendront forcément dans mes films, mais ils ne seront pas définis par le seul fait d'être gays. Ca fera partie de leur personnage, mais ça ne sera ni un ressort comique, ni un ressort dramatique.

Certains comédiens sont presque méconnaissables, dans le look années 70 du film...

1979 n'est pas forcément la période la plus heureuse au niveau du style et des coiffures ! On a beaucoup bossé avec la costumière, le coiffeur et la maquilleuse, on s'est pas mal documenté à partir de pochettes de disques, de magazines de l'époque.

Au niveau de la coiffure, c'était beaucoup de volume, au niveau maquillage, des choses très brillantes, un peu marquées, et au niveau costumes, des couleurs très flash. Certains comédiens sont donc effectivement très transformés dans le film.

A-t-il été difficile de réunir tous ces comédiens en même temps pour le tournage ?

Réunir tous ces comédiens a été une chance extraordinaire. Pratiquement tous ceux que j'ai contacté m'ont dit oui, parfois sans même lire le scénario, ce dont j'ai été très flatté. En tout, il y avait 33 comédiens. La planning a été un peu compliqué parce que plusieurs étaient en tournée à ce moment là, pour "Notre Dame de Paris", "Roméo & Juliette", certains étaient à l'étranger...

Je suis co-rédacteur en chef du site regardencoulisse.com, qui est consacré à l'actualité du théâtre musical, donc je fréquente pas mal les gens de ce milieu, et ça a donc été plus facile de les contacter.

Quels sont tes projets ? Le prochain film sera-t-il ton projet de long métrage ?

Oui, maintenant j'aimerais passer au long. Pour l'instant, Paradisco est encore un peu frais, et je continue à faire des choses dessus, mais je pense que dans les mois à venir, je vais commencer à démarcher, rencontrer des productions, pour passer au long. J'ai envie de passer au format supérieur.

Peux-tu nous parler un peu du scénario du long métrage ?

Ce n'est pas toujours facile d'en parler quand on n'a pas un recul suffisant. Ce sera une comédie musicale, qui se passe de nos jours, et qui mêle des histoires d'amour très différentes, des histoires où les personnages se croisent sans cesse. Et il y aura des personnages gays !

Est-il plus difficile de financer une comédie musicale en long métrage, qu'en court ?

Je pense que les choses sont en train de changer, donc je m'inquiète moins qu'il y a quelques années. Des films comme "Moulin rouge" ou "8 femmes" ont décomplexé à la fois le public et les producteurs. La comédie musicale marche bien aussi sur scène. La comédie musicale au cinéma perd l'étiquette de ringardise qu'elle a eu pendant longtemps.

Tu as écrit les paroles de tes deux comédies musicales. Vas-tu continuer pour les paroles du long ?

Oui. Pour l'instant j'ai du plaisir à la faire. Pour mes deux courts, j'ai écrit les scénarios, et écrire les paroles des chansons, c'est dans la continuité, ça me permet de rester dans le style. J'ai l'impression de mieux cerner mon film en écrivant les paroles. Et c'est aussi un plaisir, j'aime bien le faire.

Parlons un peu du DVD, quand a-t-il été décidé de le faire, et comment avez-vous choisi son contenu ?

On l'a décidé après le montage. Quelqu'un était venu filmer pendant les répétitions et le tournage, mais on pensait que ça resterait à usage interne. On avait déjà mis en ligne une première version du site paradisco.net, et on avait pas mal de demandes de fans, venant de France et de l'étranger (notamment par le biais de Jérôme Pradon et Grégori Baquet, qui ont beaucoup de fans).

On s'est dit qu'il y avait peut-être quelque chose à faire. Et c'est une façon de "sauvegarder" le court-métrage. Parce que à part quelques cases à la télé, tard dans la nuit, et les festivals, on n'a pas beaucoup l'occasion de voir de courts-métrages. La production, Athanor Studio, a décidé de sortir le DVD, et on a choisi ensemble le contenu.

On a voulu montrer un peu les coulisses, parce que c'est ce qui est amusant, et comme il y a peu de comédies musicales filmées, on voulait montrer cet aspect un peu différent.

Un mot à propos du plan qui fait la transition entre la première partie de Paradisco, et les souvenirs, quand la caméra fait un travelling arrière pour élargir le plan et montre les invités de la soirée. As-tu imaginé ce plan dès le départ ?

Pour moi, ce plan est un moment clé du film. C'est le moment où on passe dans le souvenir. le spectateur devait être entraîné, comme l'est Nicolas, dans ce passé, d'une façon magique, et en même temps douce et fluide. J'y ai réfléchi à assez longtemps.

Au début je pensais à un fondu enchaîné, et puis en discutant avec un réalisateur américain, pendant un séminaire en Normandie, j'ai pensé à cette transition qui permettait quelque chose de très fluide et de très magique dans le même plan, histoire de ne pas déconcerter le spectateur avec trop d'effets. Parfois, les choses simples sont les plus efficaces.

Le site officiel du film : www.paradisco.net

Le site "Regard en coulisse" : www.regardencoulisse.com

Gay.com, 10 janvier 2003

Interview de Jean Le Bitoux, président du Mémorial de la déportation homosexuelle

Jean Le Bitoux est président du Mémorial de la déportation homosexuelle. A l'occasion de la journée nationale du Souvenir de la déportation, il a accordé un entretien à Gay.com.

Il vient de publier chez Hachette un livre sur la déportation des homosexuels, à lire absolument : "Les oubliés de la mémoire".

Jean, pouvez-vous rappeler votre parcours militant ?

Je suis de la génération qui a eu 20 ans en mai 68. Le mouvement homosexuel a démarré en 1971. J'étais alors étudiant à Nice, je lisais la presse d'extrême gauche, et j'ai lu un article sur la révolte des gays et des lesbiennes à Paris.

J'étais frustré, parce que ça se passait à Paris et que j'étais à Nice. J'ai alors fondé le FHAR (Front Homosexuel d'Action révolutionnaire). Puis je suis venu sur Paris continuer le travail associatif.

En 1975, j'ai participé aux Groupes de Libération Homosexuelle. Après je suis allé à Libération, et j'ai attrapé le virus du journalisme. En 1979, j'ai décidé de faire un grand journal homosexuel, Gai Pied, qui a tenu jusqu'en 1994, mais en 1983, j'avais claqué la porte de ce journal que je trouvais trop commercial.

En 1985, j'ai aidé à la mise en place de l'association AIDES, je me suis occupé pas mal de prévention gay. Dans les années 80, j'ai rencontré un vieux monsieur, il s'appelait Pierre Seel, il m'a raconté son drame de déporté homosexuel. En 1989, j'ai créé le Mémorial de la déportation homosexuelle.

Un mois après la publication des travaux de la commission historique sur la déportation homosexuelle, quelles conséquences il a eu ?

Une conséquence directe : une reconnaissance plus forte de la déportation homosexuelle en France. On a obtenu que le triangle rose soit sur les bannières des monuments pendant la journée nationale du Souvenir, qui a lieu le 28 avril.

On a obtenu la poursuite du travail de la commission historique, sous l'égide de la Fondation pour la mémoire de la Déportation, et on a l'intention d'aller fouiller tous les papiers en Alsace pour trouver des listes d'homosexuels, qui étaient alors illégales, et qui ont permis les rafles des nazis.

Avec un an de recul, quel impact ont eu la déclaration de Lionel Jospin sur la déportation homosexuelle, et la présence, pour la première fois l'an dernier, du maire de Paris et d'autres élus pendant le dépôt d'une gerbe par des associations gays ?

La déclaration de Jospin, le 23 avril 2001 a mis en fureur les fédérations de déportés, qui depuis 1976, se sont liguées contre nous, dans une homophobie de leur grand âge, et ils considèrent presque que les homosexuels dans les camps l'avaient bien mérité, puisque "ce sont des pervers".

Le fait de venir avec une gerbe se souvenir des homosexuels déportés est une véritable insulte à leur définition de l'histoire. Ca fait plus de 25 ans qu'on résiste à ces injures. Une des deux principales fédérations de déportés, la FNDIRP a enfin changé d'avis.

L'autre, l'UNADIF, est toujours d'une grande hostilité. Elle considère que ces cérémonies sont perturbées par notre présence provocatrice. Ils n'ont pas voulu se souvenir des triangles roses dans les camps. L'affaire est très grave, parce qu'on peut parler de révisionnisme, les concernant.

Ils ont trié parmi les victimes du nazisme. Quand il y a une tragédie aussi énorme, on ne trie pas. Personne ne méritait d'aller dans les camps de concentration, c'est un endroit absolument inhumain, qu'on ne souhaite absolument à personne, même pas au plus grand criminel.

La déclaration de Jospin a également permis d'ouvrir le débat avec le secrétariat d'Etat aux anciens combattants.

On a encore plus de mal à comprendre l'homophobie quand elle concernent des anciens déportés, et que les homophobes ont souvent eux-même été déportés...

Je ne me l'explique pas. On ne trie pas dans le malheur. Le dossier les gênait beaucoup, parce que c'était des univers entre hommes, contraints de vivre ensemble, et tous ces déportés, ont dû, bien évidemment, pratiquer pour certains d'entre eux l'homosexualité.

A la Libération, ça aussi ils ont voulu l'oublier, et ils ont reporté leur haine sur les homosexuels, parce qu'ils n'arrivaient pas à reconnaître, pour certains, que de temps en temps il y avait de la sexualité homosexuelle.

Pour eux, le dossier est émotionnel. Quand ils se mettent à crier, dans leurs assemblées générales, contre nous, on sent qu'il y a là quelque chose de l'ordre de la blessure personnelle, qu'il n'y a aucun recul pour dire qu'il faut reconnaître cette déportation. Je crois que c'est ça, l'homophobie. Ce n'est pas tellement haïr l'autre, c'est se haïr aussi soi-même.

L'homosexualité a existé dans pas mal de situations pendant la seconde guerre mondiale, et ça aussi, il faut absolument l'étudier. Les historiens ont été d'une paresse terrible sur cette question. L'homosexualité a été abordée pendant le procès de Nuremberg, en 1946, et après tout le monde l'a oubliée.

Et comme les alliés avaient gardé, dans leur code pénal, des lois homophobes, parmi les malheureux qui sont sortis par miracle des camps - il y en a eu à peu près 10 000 - personne n'a parlé. Et ce n'est que 10, 20, 30 ans après que les gens se sont mis à parler, comme Pierre Seel.

Comment expliquer qu'il a fallu 50 ans pour que la reconnaissance commence ?

Dès 1971, j'avais lu un petit article sur les triangles roses. C'était un témoignage anonyme, qui avait été publié dans les années 60 dans la revue homosexuelle Arcadie.

Je pense qu'il y a eu une affreuse conspiration du silence. Mais quand les historiens n'en parlent pas, quand la Libération reconduit les lois homophobes de Pétain, quand les victimes, soit sont mortes, soit se taisent, soit se marient pour être comme tout le monde, il y a un poids de culpabilité.

Il y a aussi le poids de la culpabilité d'avoir survécu. Les déportés ne racontent jamais ce qu'il leur est arrivé. Il y a des silences immenses qui correspondent à des souffrances immenses. Parfois on ne peut pas dire les horreurs qu'on a vues ou qu'on a subies, et on peut l'emporter jusqu'au tombeau.

Les associations de déportés ont sans doute joué sur ce silence des victimes, en se disant qu'elles allaient emporter avec elles leur histoire.

C'est pour ça qu'il était temps qu'on mette beaucoup d'énergie à retrouver les derniers témoignages, à recueillir des reconnaissances officielles. Les derniers témoins sont en fin de vie, il faut absolument qu'ils s'expriment pour ne pas que l'histoire oublie.

On oublie que pendant l'occupation, la police française a ramassé toutes les prostituées. Personne n'en parle. Il y a des morceaux d'histoire honteusement cachés. On n'a pas fini d'ouvrir le grand livre des horreurs nazies.

Le travail que l'on a fait permet de comprendre que l'homophobie est toujours là, qu'elle peut revenir si on n'y prend pas garde, et que la population française des années 30 était complètement homophobe, comme elle était antisémite. Et elle a laissé faire trop facilement les nazis.

Comment Pierre Seel, qui était officiellement le seul déporté homosexuel français, a-t-il réagi à la publication du rapport ?

Pierre a d'abord été terrifié par le chiffre. On en parlait souvent tous les deux, du chiffre, et on pensait à 20, 30, ou 40 déportés homosexuels... On ne se rendait pas compte. Là on est sur 210 personnes uniquement pour l'Alsace.

Il a été terrifié que sa vérité (on a trouvé son nom sur la liste) soit celle de tant de personnes. Je lui ai dit que le ministre lui-même pensait que les chiffres étaient beaucoup plus importants. Donc on va continuer à fouiller dans les archives, avec trois historiens.

Seul, Pierre avait parlé, en mémoire de son amour, mort dans le camp, c'était ça qui le motivait. Il a été ému d'apprendre que son drame avait été multiplié par 100, par 200... Il était très ému de toutes ces souffrances disparues.

Sur les 210 déportés homosexuels français, il doit rester deux ou trois survivants, mais il y a un phénomène d'âge. Pierre a été raflé à 18 ans, aujourd'hui il en a 78. Il était le plus jeune du camp de Schirmeck (il était mineur, d'ailleurs, à l'époque).

Il a été très ému, parce que pour lui, c'était une preuve. Parce que quand on a commencé à écrire son livre, beaucoup de gens nous disaient que c'était du pipeau, que Pierre était un mythomane, qu'il n'y a jamais eu de déportation homosexuelle... Il y avait un déni très fort.

Il faut remercier Pierre de son courage immense, parce que sans lui, on n'en serait pas là.

Quelles nouvelles informations sur la déportation de Pierre Seel cette liste a-t-elle donné ?

Pour Pierre, on avait déjà la trace de son arrivée dans le camp de Schirmeck. Après avoir été torturé pendant 10 jours par la Gestapo pour qu'il fournisse des noms, il avait été emmené dans un panier à salade de la police française dans le camp de Schirmeck, où on lui a mis une barrette bleue, celle des asociaux.

On avait aussi trouvé le trace sa sortie du camp, quand, comme beaucoup d'Alsaciens, il est devenu un "malgré nous", c'est-à-dire un soldat allemand, il a été envoyé sur le front russe. Avant, peu de gens le croyaient. Je l'ai encouragé, en 1994, à écrire ses mémoires, qui lui ont permis d'avoir sa carte de déporté politique.

Que manque-t-il encore pour que la déportation des homosexuelles soit enfin pleinement reconnue et qu'on puisse passer à un souvenir plus apaisé ?

Je crois qu'on est dans les dernières années du combat pour cette reconnaissance. On va pouvoir, enfin, clore le dossier. Dans deux ans, la commission historique aura sans doute fini ces travaux. On a obtenu que le triangle rose soit sur les bannières des monuments nationaux. On devrait obtenir que les homosexuels soient pleinement associés à la journée nationale du Souvenir de la Déportation.

Maintenant que la France reconnaît les responsabilités de l'Etat de Vichy, on va demander de l'argent pour Pierre, qui vit dans son HLM. Il a 78 ans, il a une petite retraite de cadre, ce n'est pas possible qu'il reste dans cet état, il a besoin de cet argent.

On va aussi essayer d'obtenir que dans tous les livres d'Histoire expliquent ce que c'est que le déportation homosexuelle, et que les gamins sachent que quand on est homosexuel, on peut être l'objet de la pire des haines quand le climat politique se durcit. Il n'y a pas de raison que cette histoire reste cachée, tout le monde doit la connaître, et pas uniquement les homosexuels.

Les dictatures ont encouragé la haine qui existait, ce n'est pas Hitler qui a inventé l'homophobie. A Berlin, à l'époque, il y avait des "caillassages" d'homosexuels.

On ne se rend pas compte qu'en 1930, Berlin était une capitale homosexuelle internationale, il y avait 130 bars homosexuels, 20 journaux et 3 hebdomadaires homosexuels, 200 livres par an sur la question.

Votre livre est-il un aboutissement de votre travail sur la déportation ?

Oui, c'est un peu un rapport d'activité. J'ai créé le Mémorial de la déportation homosexuelle en 1989. Je pense que je suis en train de terminer un travail que j'ai porté pas mal tout seul, parce que c'est un sujet tellement tragique que ça ne fascine pas beaucoup les militants gays.

On m'a toujours laissé tranquillement faire mon travail, et j'ai été souvent seul pour faire avancer ce dossier d'histoire terrible. J'ai pataugé dans la tragédie. Mais ce n'est pas grave.

Je pense que je vais arrêter ce travail militant, avec un point d'orgue qui est la mise en place d'un espace européen du souvenir de la déportation homosexuelle, à Strasbourg.

C'est la mémoire européenne qu'il faut interroger. On sait que dans toute dictature, toute crispation sociale, comme au Caire, on commence par taper les pédés, parce qu'on rallie les sentiments populaires avec des boucs-émissaires. Et on est toujours à la merci de ce genre de haine.

Comment jugez-vous le regard de la communauté gay sur la déportation des homosexuels, et comment votre livre va-t-il aider à mieux la connaître ?

Je pense que le livre va permettre de comprendre ce qu'est l'homophobie la plus extrême. Il y a pire que d'être insulté ou bousculé ! C'est être convoqué au commissariat et ne jamais en ressortir, être torturé pour donner la liste de ses amis homosexuels... Je voudrais que la communauté gay et lesbienne se rende compte que cette haine est toujours autour de nous.

Même si on a remporté des victoires au niveau de l'Assemblée nationale, même si on aura bientôt une loi contre l'homophobie, on n'empêchera pas certains de penser ce qu'ils pensent. Il y a encore beaucoup d'antisémites en France, même si les lois les empêchent d'exprimer leur haine sociale. Je pense que pour les homosexuels, c'est pareil.

Les gens ont décidé d'être tolérants mais la tolérance, c'est une chose très superficielle, et dès que le vent tourne, la tolérance n'est plus là, et on repasse tout de suite dans l'intolérance.

Il faudrait que la jeune génération réalise qu'on n'est pas sorti de la haine sociale, et que cette haine peut revenir, surtout lorsqu'on il y a une grande visibilité gay. Ca fait évoluer certains, mais ça ne fait pas avancer ceux qui ont des problèmes avec leur propre homosexualité, et qui ne supportent pas cette visibilité homosexuelle.

Donc méfions-nous, restons vigilants. Le cauchemar peut revenir facilement. Et souvenons-nous de Berlin dans les années 30, où la situation était très semblable à la situation à Paris aujourd'hui.

Ca n'a pas empêché Hitler, en deux mois, de fermer les lieux gays, de tabasser les homosexuels, de les convoquer, de les torturer, de brûler les bibliothèques, de dissoudre les associations, d'instaurer un couvre-feu le soir... et les homosexuels sont rentrés chez eux - quand ils n'avaient pas été raflés - en vivant dans la peur pendant toute la guerre.

Le combat pour la reconnaissance de la déportation homosexuelle, qui s'achève, est-il votre dernier combat de militant ?

Non, c'est l'avant dernier ! Le dernier, c'est la mise en place à Paris d'un centre d'archives et de documentation homosexuelle, sur lequel je travaille depuis deux ans. Bertrand Delanoë l'a inscrit dans ses engagements de mandature, on a commencé les négociations avec l'Hôtel de ville, les choses avancent.

Le projet, ce serait presque de refaire un centre Hirschfeld à Paris, et de pouvoir rassembler toute la presse homosexuelle depuis le début du siècle, tous les papiers associatifs qui nous racontent cette histoire, d'avoir une vraie bibliothèque culturelle gay et lesbienne, d'avoir un site Internet pour pouvoir accéder, sans bouger de chez soi, à des documents importants de l'histoire des homosexuels.

On aimerait avoir un rayonnage conséquent sur la question lesbienne, qui est toujours passée à l'as, sur la question transsexuelle aussi. Il y a une culturelle transsexuelle depuis le début du XXe siècle, quand on parlait de troisième sexe...

C'est un projet très important. On a un an et demi de phase de préfiguration, et on va peut-être fusionner avec le projet de grand centre gay et lesbien, et avec la maison des associations et de services associatifs.

On pourrait imaginer un petit immeuble dans Paris, qui serait un centre d'archives et de documentation, et aussi un centre de services pour les homosexuels, et les journalistes, les historiens, les chercheurs...

Mais il faut aussi des fonds privés et conséquents pour pouvoir tenir le choc si on a des périodes sans subventions.

Sur un plan plus personnel, avez-vous dans l'idée d'écrire un livre sur votre histoire de militant, et sur ce que vous avez vécu ?

Dis donc, ça c'est de l'intuition ! Oui, exactement. J'ai attrapé le virus des bouquins. J'ai déjà signé pour un prochain livre où je raconte trente ans d'émancipation homosexuelle, ce que j'ai fait de ces trente années, entre 20 ans et 50 ans, comment j'ai vécu le SIDA, et les structures gays, et les querelles, et les pressions politiques, négatives ou positives.

Je l'écris avec un historien et un sociologue qui posent, dans chaque chapitre, le contexte social et culturel de ce que je raconte. Ce sera une sorte de rapport d'activité. Il sortira dans un an.

Gay.com, 27 avril 2002

Bertrand Delanoë, premier maire ouvertement gay d'une capitale

Après avoir été dirigée par des hommes de droite pendant un siècle, Paris bascule à gauche, et devient la première grande ville et première capitale à avoir un maire ouvertement gay.

En remportant la majorité des sièges au Conseil de Paris, la gauche plurielle gagne Paris et élira dimanche 25 mars Bertrand Delanoë maire de la capitale. Elle conserve les six arrondissements gagnés en 1995 (les IIIe, Xe, XIe, XVIIIe, XIXe et XXe), et en gagne six autres (les IIe, IVe,IXe, XIIe, XIIIe et XIVe.

Avec l'élection de Bertrand Delanoë à la tête de Paris, ce sera la première fois qu'un homme politique ouvertement gay devient maire d'une ville de la taille de Paris, et qui plus est d'une capitale.

Si l'orientation sexuelle de Bertrand Delanoë reste un détail, cette élection est quand même un petit événement qui restera dans la longue histoire de l'évolution des droits des gays et lesbiennes.

Lors de la fête qui a suivi le discours de Bertrand Delanoë, sur le parvis de l'Hôtel de ville, un rainbow flag a surgi, a été brandi et agité au dessus des têtes, attirant vers lui une bonne partie des gays et lesbiennes présents sur la place...

C'est à ce moment là que la sono s'est mis à diffuser "I will survive" de toute la puissance de ses watts.

Un maire ouvertement gay, des gays et lesbiennes dansant sur "I will survive" sous un rainbow flag devant l'Hôtel de ville de Paris... Certains avaient du mal à en croire leurs yeux et leurs oreilles... La nuit de dimanche avait un goût de jamais vu !

"Oui, je suis homosexuel" déclarait Bertrand Delanoë le 22 novembre 1998, dans l'émission "Zone Interdite" sur M6. Il était le second homme politique Français, après André Labarrère, à faire son coming-out publiquement.

Par son geste, au moment des premiers débats sur le PaCS, celui qui était alors chef de l'opposition municipale entendait "rendre les choses un peu plus simples pour d'autres personnes".

"On ne doit pas se faire élire - ou voter - sur ces thèmes" mettait en garde Bertrand Delanoë, qui avouait : "Je dois vivre mes convictions, ma carrière n'a jamais été prioritaire" avant de conclure : "J'aimerais que le citoyen s'en foute".

Son souhait a été exaucé. Son élection prouve que les gens se foutent de son orientation sexuelle, et qu'elle n'a pas joué dans la victoire de la gauche à Paris. Sauf peut-être chez quelques-uns.

Ce qui est certain, c'est que la plupart des gays et lesbiennes ont sans doute resenti, en apprenant l'élection de Bertrand Delanoë, un petit sentiment de fierté, ou simplement de joie.

Gay.com, 18 mars 2001

SIDA : de la prévention, pas de stigmatisation

Le relâchement de la vigilance face au SIDA pose aujourd'hui question et demande une réponse adaptée, ferme mais non stigmatisante.

La prise de conscience du risque, tout le monde sait qu'elle est moins forte aujourd'hui. Parce qu'au bout de 20 ans, les discours de prévention sont moins efficaces, parce que certains en ont marre de les entendre, parce que les moins de 40 ans sont entrés dans leur vie sexuelle sous le signe du préservatif et qu'ils se demandent s'ils ne la finiront pas de la même façon.

Parce que les progrès des traitement, et notamment l'importante médiatisation des trithérapies et de la nouvelle vie qu'elle offre aux malades ont donné la fatale illusion que le SIDA, c'était fini, que les traitements étaient la solution, qu'on ne tombait plus malade, qu'on n'en mourrait plus.

Le résultat : une augmentation des pratiques à risques. Mal connue. Qui prend des risques ? La lecture d'articles récents s'inquiétant de la reprise des pratiques à risque a laissé un goût bizarre.

On y avait presque l'impression que seuls les gays ne se protégeaient plus. Qu'ils étaient les seuls à fréquenter les lieux de consommation de sexe. Les associations de lutte contre le SIDA sont autant inquiète de la reprise des pratiques à risque dans les établissements échangistes hétérosexuels.

Attention à ne pas, une fois de plus, stigmatiser la communauté homosexuelle, comme on a trop souvent stigmatisé un groupe lorsqu'un danger apparaissait.

Mais la stigmatisation n'est pas seulement à ce niveau, elle existe également, et de façon peut-être encore plus pernicieuse, à l'intérieur même de la communauté gay.

Peut-on croire qu'il y a chez les gays d'un côté une majorité, disons 80 %, qui se protègerait tout le temps, et de l'autre une minorité, un gros cinquième, irresponsable (donc condamnable), qui pratiquerait toujours le "nokapote", comme des témoignages lus dans les grands quotidiens peut le laisser penser ?

Les vrais adeptes du bareback (pratiques sexuelles non protégées) existent, on le sait. Mais ils sont peu nombreux. Mais n'a-t-on pas, à côté, 95 % des gens qui savent qu'il faut se protéger mais qui, de temps en temps, et peut-être de plus en plus souvent, vont "oublier", plus ou moins consciemment, de le faire ?

Ceux là prendront des risques lorsqu'ils vont se trouver face à quelqu'un qui va les pousser à ne pas se protéger. Un quelqu'un qui peut être un adepte du bareback, mais aussi, plus souvent, un autre membre de la majorité qui "s'oublie" de plus en plus.

Il faut condamner celui qui va convaincre son partenaire de ne pas se protéger en balayant ses réticences. Il faut protéger ceux qui sont mal informés de ceux qui voudraient en profiter.

C'est pourquoi, sur Gay.com, nous n'acceptons aucune PA de bareback. Parce que nous avons beaucoup de lecteurs jeunes, que beaucoup sont sans doute trop mal informés, donc influencables, et que nous refusons de prendre cette responsabilité.

Mais ne stigmatisons ni les séropositifs en général, ni ceux qui, tous pleinement conscients du risque qu'ils prennent, décident d'avoir un rapport non protégé.
"Pleinement conscient du risque qu'ils prennent"... Mais jusqu'à quel point peut-on être conscient des conséquences de la prise de risque ? De la réalité concrète de la contamination ?

Combien de ceux qui prennent le risque d'un rapport sexuel non protégé raisonnent-ils en se disant : "Même si je suis contaminé, je mourrai dans 10, 15 ou 20 ans au lieu de mourir à 80 ou 90 ans, je profite à fond de ma jeunesse et j'échapperais à la vieillesse, et puis c'est tout."

Avoir une vision aussi floue que théorique du risque encouru, de la vie avec la séropositivité, de la mort, n'aide pas à être pleinement conscient des risques.

Avoir vu un proche apprendre sa séropositivité, avoir constaté à quel point son traitement est lourd, l'avoir vu malade, mourant, et l'avoir accompagné au cimetière, est autre chose. Et ça donne une autre vision du risque.

Certains de ceux qui prennent aujourd'hui des risques ont vécu ces moments ? Et combien ne les connaissent pas ? Combien ne prendraient pas les risques qu'ils prennent s'ils les avaient vécu ?

Et même ceux qui l'ont vécu ne peuvent être pleinement conscients du risque. Seuls ceux qui ont été contaminés, malades, et sont morts, savent tout ce que le SIDA signifie. Ils ne sont malheureusement plus là pour en témoigner.

Gay.com, 27 novembre 2000

L'hébergement gratuit dans le collimateur de la justice


La fête de l'Internet aura pour sa deuxième édition un goût amer… Quelques jours avant que la France ne célèbre Internet (les 19, 20 et 21 mars), tout un pan de son cyber-patrimoine s'est envolé. 47 633 sites français ont en effet disparu dans la nuit du 20 au 21 février. Parce que Valentin Lacambre a finalement décidé de jeter l'éponge après le dépôt de deux nouvelles plaintes dans la semaine suivant sa condamnation à 400 000 francs de dommages et intérêts (voir Network News n° 11). Au total, le responsable de altern.org, qui hébergeait gratuitement tous ces sites, a fait l'objet de six procédures judiciaires, avec des plaignants réclamant un total de près de 4 millions de francs !

Vive émotion puisque la plupart des hébergeurs ont dû subir, à la place des auteurs des sites qu'ils hébergent, poursuites judiciaires, convocations devant le juge, parfois descentes de police plus ou moins musclées, saisies de matériel, gardes à vue…

La condamnation de l'hébergeur Altern est une première qui inquiète passablement. ”L'esprit du jugement est complètement en décalage avec ce qui se passe sur Internet” estime Michel Meyer, PDG de Multimania, qui héberge gratuitement 70 000 sites.

La plupart des autres prestataires pratiquant l'hébergement gratuit de sites s'entourent de précautions pour pouvoir identifier les auteurs. I-France envoie par courrier postal le code permettant l'activation du compte. "On demande la responsabilité éditoriale des gens qui mettent un site chez nous.” indique Marc Simoncini, PDG de Opsion Innovation, éditeur de I-France.

Pour sa part, chez.com n'accepte que des adresses email de prestataires français. ”Les auteurs de sites illégaux tentent de se décharger de leur responsabilité au détriment des hébergeurs, ce n'est pas normal. On ne veut pas donner aux gens la possibilité de créer des pages dont il n'assument pas la responsabilité.” explique Pierre-François Grimaldi, directeur général de Telestore, qui édite chez.com. Cette décision constitue-t-elle une menace pour Internet ? Pour Michel Meyer. ”L'hébergement gratuit a un rôle très important dans le développement de l'Internet. Ce jugement le remet en cause.”

En retenant la responsabilité des hébergeurs, la justice prend le risque, soit de pousser les webmestres à se tourner vers des prestataires d'hébergement américains comme Géocities, soit d'obliger les hébergeurs à un rôle de juge et de censeur alors qu'ils ne sont que des intermédiaires techniques. Les juges seraient sans doute bien inspirés de se pencher sur l'avis rendu par le Conseil d'Etat. Dans un rapport rendu public le 8 septembre dernier, ce dernier préconisait de ne pas retenir la responsabilité des hébergeurs s'ils apportent leur concours à la justice en cas d'infraction.

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IPv4, un protocole universel pour transporter les données


Le protocole IP gère le transport de données sur Internet comme dans les réseaux locaux. En attendant IPv6, il assure parfaitement ce rôle malgré ses limites.

Explosion d'Internet oblige, le protocole IP (ou Internet Protocol), dont la conception remonte aux années 70 avec le réseau Arpanet de la Défense américaine, concerne toutes les entreprises, des plus petites aux plus grandes. Mais IP est un protocole universel puisqu'il concerne aussi les réseaux locaux. Sa version 4, qui doit gérer l'interconnection de réseaux hétérogènes, est basée sur un système d'adresses à 32 bits qui attribue à chaque machine connectée une adresse (ou numéro IP). Lors d'un envoi, IPv4 fait circuler des paquets d'information contenant, outre l'information elle même, les numéros IP de l'ordinateur de l'expéditeur et de celui du destinataire. Chaque paquet est traité et dirigé indépendamment des autres. Le protocole Internet se limite à assurer cette transmission des paquets de bits (ou datagrammes) entre les deux machines : il assure l'adressage des données, leur routage et leur fragmentation éventuelle. Il ne possède pas les fonctions supplémentaires que l'on peut trouver dans d'autres protocoles.

Adressage

Le protocole Internet distingue trois classes d'adresses. En fonction de la taille du premier des quatre groupes de chiffres qui forment l'adresse, on la dit de classe A, B ou C. Plus le premier groupe de chiffres est important, moins il reste de place pour les suivants. Les petits numéros sont donc réservés aux gros sous-réseau, et les plus gros attribués aux petits sous-réseaux. Une adresse de classe A consacre 7 bits au numéro du sous-réseau, une adresse de classe C en consacre 21.

Routage

Le choix d'un itinéraire de l'expéditeur vers la destination finale (ou routage) est réalisé par les routeurs grâce à l'en-tête du paquet. Chaque machine connectée au réseau possède un module Internet. Lorsqu'un utilisateur veut envoyer des données par Internet, le module Internet de son ordinateur élabore un en-tête contenant son numéro IP et celui du destinataire, et ajoute à cet en-tête les données proprement dites. Le paquet ainsi constitué est ensuite envoyé vers un routeur, dont le module Internet lit l'en-tête et envoie le paquet, soit vers son destinataire final s'il est suffisamment proche, soit vers un autre routeur. IPv4 précise une durée de vie du datagramme sur le réseau. Si elle est atteinte avant que le paquet ne soit arrivé à destination, il est détruit. Parvenu sur la machine du destinataire, le paquet est pris en charge par le module Internet qui en extrait les données.

Fragmentation

IPv4 fait circuler les paquets par des réseaux de nature et de taille diverse (fil de cuivre, fibre optique, faisceau satellite à gros débit…) et est donc capable de morceler puis de réassembler les longs paquets. Les modules Internet des différentes intermédiaires lisent les champs présents dans l'en-tête d'un paquet et peuvent ainsi le fractionner lorsque sa taille est supérieure à celle admise par un réseau. Un paquet peut être identifié comme non fragmentable.

Jusqu'à présent, IPv4 a permis de gérer la circulation de millions de données en unifiant les réseaux interconnectés. Mais l'explosion du nombre d'utilisateurs, comme celui des machines connectées ou des nouveaux besoins ont rendu plus évidentes ses limites (voir encadré) et précipité la nécessité de lui donner un successeur mieux adapté à l'Internet d'aujourd'hui et de demain.

Les limites d'IPv4

La croissance exponentielle d'Internet rend urgente la résolution des limites du protocole Internet version 4. Des informaticiens travaillent depuis plusieurs années à la version suivante : IPv6. Les problèmes de la version 4 d'IP sont de plusieurs ordres :

- Manque d'adresses IP. Actuellement de 32 bits, elles permettent un total d'environ 4 milliards d'adresses. Mais la demande d'adresses IP est très forte et ce nombre n'est pas suffisant, d'autant plus que c'est un maximum théorique, de nombreuses adresses étant inutilisables par le système d'allocation hiérarchique.

- Taille trop importante des tables de routage. La hiérarchie du routage n'y possède que trois niveaux (réseau, sous-réseau et machine) alors que les niveaux de hiérarchie d'un système de routage doivent être d'autant plus nombreux que le réseau est important. Le problème des tailles de routage a été en partie résolu par le CIDR (Classless Internet Domain Routing) ou supernetting, qui consiste, en agglomérant plusieurs adresses de classe C, à palier à l'épuisement des adresses de classe B.

- Manque de sécurité (le suivi, l'authentification et la confidentialité des paquet ne sont pas assurés)

- Absence d'indication claire du type de données transportées (il est donc impossible de déterminer le niveau d'urgence, ce qui est problématique surtout avec la diffusion par le réseau de sons et de vidéos).

IP fonctionne aussi en réseau local

Contrairement à ce que pourrait laisser croire son nom, le protocole IP n'est pas utilisé que pour les échanges de données par Internet. De nombreux réseaux privés l'utilisent, comme beaucoup de réseaux locaux. Ainsi Vines de Banyan qui est IP natif depuis sa première version, Netware, dans sa version 5 que Novell sort ce mois-ci, devient IP natif et facilite la migration de protocoles multiples vers IP, au rythme souhaité par les entreprises. Internet Protocol est aussi utilisé par LanServer d'IBM. NT Advanced Server PR est, lui, pseudo IP natif puisqu'il s'agit d'IP encapsulé.

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L'hommage des « Grands »
à François Mitterrand

Vingt-cinq ans après la messe d'obsèques de De Gaulle, Notre-Dame de Paris a accueilli hier matin soixante chefs d'Etat et de gouvernement du monde entier pour un dernier hommage à François Mitterrand. Cet office se déroulait en même temps que la messe d'enterrement de l'ancien président, célébrée en l'église de Jarnac.

Les yeux d'Helmut Kohl se sont remplis de larmes. Elles coulent lentement sur ses joues alors que le De profundis résonne sous voûtes de Notre-Dame. Le fidèle ami de François Mitterrand n'a pu contenir son émotion pendant la cérémonie officielle. La messe a commencé à 11h, au moment où une minute de silence figeait partout en France écoles et administrations, à l'instant où débutait la messe d'obsèques, à Jarnac. « On est du pays de son enfance, et mon enfance, c'est la Charente » disait François Mitterrand. Si l'ancien président a voulu des obsèques simples, dans l'église où il a été baptisé, sur la terre de ses ancêtres, la République a tenu à saluer sa mémoire. Ils sont venus nombreux, chefs d'Etat et de gouvernement et personnalités du monde entier, lui rendre un dernier hommage.

Pendant une heure, ils sont entrés l'un après l'autre dans la cathédrale. Un ballet de voitures officielles se déroulait sous l'oeil des trois à quatre mille anonymes rassemblés sur le parvis. Seuls quelques centaines d'entre eux, arrivés tôt, ont pu entrer. Parmi la soixantaine de chefs d'Etat et de gouvernement, le président russe Boris Eltsine, le vice-président américain Al Gore, le premier ministre israélien Shimon Peres, mais aussi Fidel Castro, le prince Rainier, Hosni Moubarak, les rois Juan Carlos d'Espagne et Norodom Sihanouk du Cambodge. La France était largement représentée avec, outre le président Jacques Chirac et son épouse, le premier ministre Alain Juppé, et le gouvernement au grand complet, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, la plupart des anciens premiers ministres, de Jacques Chaban-Delmas à Edouard Balladur, ainsi que de nombreux parlementaires et Claude Pompidou.

Dans la nef, la présence de tant de rois, de présidents et de chefs de gouvernement dans les premiers rangs rappelait immanquablement une autre messe célébrée en cette même cathédrale, le 12 novembre 1970. Ce jour-là, quatre-vingt chefs d'Etat et de gouvernement saluaient la mémoire du général de Gaulle. Hier, ceux d'entre eux qui étaient déjà là il y a vingt-cinq ans pensaient certainement à ce qui rapproche les deux présidents, jusque dans la mort. Une disparition rapide après avoir quitté l'Elysée, le refus d'obsèques nationales, un enterrement sobre dans l'intimité, mais l'hommage de la Nation et des grands de ce monde à Notre-Dame.

« Je suis né chrétien et je mourrai sans doute dans cet état. Dans l'intervalle... » Ainsi s'était un jour confié François Mitterrand. Hier, le cardinal Jean-Marie Lustiger a rappelé que celui qui fût pensionnaire des pères maristes de la rue de Vaugirard était baptisé. C'est en lisant un texte de l'ancien président que l'archevêque de Paris a commencé son homélie : « Jamais peut-être le rapport à la mort n'a été si pauvre qu'en ces temps de sécheresse spirituelle où les hommes, pressés d'exister, paraissent éluder le mystère. Ils ignorent qu'ils tarissent ainsi le goût de vivre d'une source essentielle. »

Après une heure et demie d'une cérémonie sobre, recueillie et émouvante, la cathédrale s'est vidée peu à peu. Quelques personnes se sont approchées des chaises où se tenaient quelques minutes plus tôt les officiels. Chacune a décollé une étiquette portant le nom d'un « grand », puis est partie précipitamment, tenant au creux de la main cet objet dérisoire devenu précieux souvenir de l'ultime hommage à l'homme qui incarna les rêves des petits et est aujourd'hui salué par les grands.

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Jean Galfione, la pudeur
sous le papier glacé des magazines


Jean Galfione, le champion de France de saut à la perche, est aussi le chouchou des magazines de mode et le héros des jeunes filles. Mais sous cette médiatisation se cache un jeune champion modeste et réservé.

Cet été, en couverture du magazine pour jeunes filles Jeune & Jolie, une ravissante naïade en bikini se blottissait dans les bras protecteurs d'un jeune et beau surfeur. Pourtant, le jeune homme en question n'est pas un mannequin professionnel. A 24 ans, Jean Galfione est le champion de France de saut à la perche, et est monté cet été sur la troisième marche du podium des championnats du monde. Son statut de meilleur Français de sa discipline explique la présence régulière de son nom dans les journaux sportifs, mais pas les photos dans des magazines ou les publicités pour Dior ou Renault. Cela, Jean Galfione sait qu'il le doit à « cette silhouette harmonieusement musclée et à cette gueule d'ange blond qui ravalerait Brad Pitt au rang de banal poupin américain », selon l'admirative description d'une journaliste. « La photo, c'est un peu un jeu. Des gens veulent médiatiser le sport, et j'ai la chance de les intéresser... » avoue-t-il modestement. « Jean est quelqu'un de beau, et il fait très attention à son apparence », confirme Frédéric, un jeune perchiste.

La pelouse du stade de l'Institut National du Sport et de l'Education Physique, au coeur du bois de Vincennes, est recouverte par une fine pellicule de neige. Mais l'athlétisme n'est pas un sport saisonnier. L'hiver, Jean Galfione, comme les autres sportifs de haut niveau de l'INSEP, s'entraîne dur. Ses activités annexes de mannequin ne doivent pas cacher le fait qu'il est avant tout un athlète. Mais un athlète médiatique, donc un athlète connu. Et c'est parce qu'il fait rêver la gent féminine que son image s'étale sur les pages de papier glacé des magazines comme Le Figaro magazine, Max, ou Voici. Pourtant, cette médiatisation cache un garçon modeste, voire une personnalité réservée. « La semaine dernière, Jean posait pour des photos, il n'aimait pas trop qu'on le regarde. » poursuit Frédéric. Ce que confirme l'intéressé : « Je ne leur en parle pas trop. Je ne me sens absolument pas différent des autres, je ne veux pas faire la star. » Les autres perchistes soulignent la modestie de Jean Galfione, mais aussi son côté réservé. « Il est timide, réservé avec les gens qu'il ne connaît pas. » confie l'un d'eux. Entre l'hiver dernier et fin juillet, le champion de France a vécu de longs mois de doute, sa belle mécanique rongée par des blessures à répétition et de mauvais virus. Cette saison en enfer, il l'a enduré avec discrétion. « Il essayait de cacher ses sentiments. C'est un garçon très réservé. » se souvient Yves. Maurice Houvion, son entraîneur depuis six ans, lui même ancien champion de perche, connaît bien la pudeur de Jean et ce qu'elle cache. Pendant les longs mois de purgatoire, il était présent aux côtés de son poulain, réconfortant dans les moments de doute, encourageant quand la barre refusait désespérément d'être franchie. « Maurice, on lui dit tout, c'est un peu notre père. » explique encore Frédéric.

Discrétion, modestie, pudeur, dans les périodes difficiles comme dans les plus éclatantes victoires. En août dernier, à Göteborf, Jean Galfione décroche la médaille de bronze des championnats du monde, augmentant encore son aura auprès de ses co-équipiers dont il n'a jamais perdu l'estime. Tous voient en lui un modèle, en particulier les plus jeunes. « Je l'admire. C'est mon image, mon idole ! » avoue Frédéric, qui à 17 ans s'entraîne à l'INSEP depuis trois ans déjà en rêvant de marcher dans le sillage de son talentueux aîné. Modèle, idole, de quoi effrayer un jeune homme qui refuse d'avoir la grosse tête malgré ses succès ? « Non, ça me fait plaisir » lâche Jean Galfione en se souvenant de ses jeunes années, quand il regardait avec admiration Pierre Quinon, champion olympique à Los Angeles en 1984, qui n'était pas avare de conseils pour le débutant d'alors. « Pierre était presque un grand frère pour nous. Je veux aussi être un grand frère pour les plus jeunes. J'aime bien discuter avec eux, les aider quand je peux. » Une attention qui n'a pas de prix pour les plus jeunes : « Récemment, j'ai discuté avec un jeune qui m'a avoué qu'il avait été hyper content la première fois que je lui ai dit bonjour. » Frédéric, lui, se remémore avec émerveillement la séance d'entraînement pendant laquelle Jean lui a parlé de ce qu'il faisait quand il avait son âge.

Alors, qui est le vrai Jean Galfione ? Le jeune athlète au physique de jeune premier d'Hollywood, à l'aise sous les projecteurs des studios de photographies, qui fait la une des magazines, ou le jeune homme qui cache sous sa notoriété un caractère réservé et pudique ? « Je suis peut-être un faux timide. Je n'aime pas forcer les choses avec les gens. » avance le jeune champion. « Trouver des défauts à quelqu'un qu'on admire, c'est dur » avoue Frédéric avant de conclure, évoquant les deux facettes de son modèle : « Il est un peu étrange, on a du mal à le cerner. C'est pour ça que j'aimerais passer une journée seul avec lui. Je ne pense pas qu'il me décevrait ! »

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Frédéric TADÉI :
« je veux faire de la télé intelligente. »



Qui est Frédéric Tadéi ? Pas un fan d'interviews en tous cas. Sur le petit écran, il co-présente depuis un an la première partie de Nulle Part Ailleurs, tous les jours sur Canal + de 19h10 à 19h40. A 34 ans, c'est le sérieux du groupe, moins rigolard, plus pince-sans-rire. Pourtant, c'est avec le sourire qu'il vous accueille dans le vaste bureau ou campe l'équipe de Nulle Part Ailleurs (NPA). Il prend possession d'une salle où le patron de la première partie de NPA, Jérôme Bonaldi, finit de visionner un reportage.

A côté de ses quatre co-animateurs, Frédéric semble plus calme, plus posé, à tel point qu'on se demande ce qu'il est venu faire dans l'équipe de NPA. Il rit franchement : « Ils sont venus me chercher ! Ils cherchaient quelqu'un de très différent des quatre autres animateurs, un mec plutôt urbain, branché, moderne. Je correspondais. » Bien installé dans son fauteuil, il allume une cigarette, et déniche avec peine un cendrier sous les piles de papiers et d'objets qui encombrent la table. Au mur, une photo des trois stars de l'émission : Philippe Gildas, Antoine de Caunes, et Jérôme Bonaldi. Pas facile de débuter à la télé dans une émission animée depuis sept ans par de tels professionnels ! Pourtant, il n'a même pas fait d'essai, comme la plupart des gens qui débutent à l'antenne à Canal. A peine stressé : « Ca reste bien sûr impressionnant d'arriver à Canal, d'entrer dans le studio, et de me dire que dans un mois je serais assis à la table. »

La discussion devient sérieuse, presque insolite dans ce bureau où s'empilent les gadgets qui seront présentés à l'antenne. Frédéric Tadéi est lucide sur « la télé qui rend fou » : « Peu de gens arrivent à faire de la télé sans changer. Il faut avoir une personnalité très forte, être très sûr de soi, avoir beaucoup de nerfs, car la pression est très forte, même sur Canal +. » Lui, il veut être à la télé comme il est en vrai. Même si souvent son attitude donne de lui une image fausse.

L'entretien se termine par une séance photo. Frédéric Tadéi ne les aime pas : « Je suis le cauchemar des photographes ! » Pour saisir sur la pellicule une attitude qui ne soit pas figée, il faut le faire parler. Ca tombe bien, il est intarissable sur le monde où il vit depuis un an. Il veut faire des choses intelligentes à la télé : « Mon ambition est sans borne : expliquer des choses très complexes (la théorie de la relativité par exemple) en trois minutes. » Il a constaté que tous ceux qui font de la télé se demandent s'il y a une vie après : « Arrêter ressemble à une punition. C'est complètement con. » Il s'anime, ses mains s'envolent. Clic-clac. Il sourit. Le voilà, le vrai Tadéi...

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